Départements français
lire la carte sans se tromper
Un numéro manquant, deux codes à lettre, des collectivités à statut particulier : le découpage départemental est moins régulier qu’il n’en a l’air.
La France compte 101 départements, dont 96 en métropole et 5 en outre-mer. Leurs numéros viennent d’un classement alphabétique établi à leur création, ce qui explique qu’ils ne suivent aucune logique géographique. Le 20 a disparu avec la division de la Corse en 2A et 2B, et plusieurs territoires relèvent aujourd’hui de collectivités à statut particulier.
- 101 départements : 96 en France métropolitaine, 5 en outre-mer, Mayotte étant le dernier entré en 2011.
- Numéros alphabétiques : l’ordre vient du nom des départements, pas de leur position sur la carte.
- Pas de numéro 20 : la Corse a été divisée en 1976 en 2A et 2B, sans renumérotation du reste du pays.
- Code postal différent : les deux premiers chiffres coïncident souvent avec le département, jamais systématiquement.
- Quatre statuts particuliers : Paris, la Métropole de Lyon, la Corse et l’Alsace ne fonctionnent plus comme les autres.
La France compte 101 départements. Le chiffre paraît simple, il l’est beaucoup moins dès qu’on regarde la carte de près : un numéro manquant, deux codes à lettre, une métropole qui exerce les compétences de son département, une collectivité alsacienne qui n’est plus tout à fait deux départements.
Cet échelon reste pourtant le plus opérant quand on se déplace dans le pays. Il est plus fin que la région, plus large que la commune, et c’est à cette taille que se pensent la plupart des itinéraires secondaires, des recherches d’hébergement et des documentations touristiques locales.
Ce qu’est un département français, concrètement
Un département est à la fois une circonscription administrative de l’État et une collectivité territoriale. Les deux casquettes se superposent sur le même territoire, mais elles ne recouvrent pas les mêmes choses.
Côté État, le département est le ressort d’un préfet. Il a un chef-lieu, appelé préfecture, où siègent les services préfectoraux, et des sous-préfectures qui couvrent les arrondissements. Côté collectivité, il est administré par un conseil départemental élu, qui vote un budget et exerce des compétences précises.
Ces compétences ne sont pas abstraites pour qui voyage. Le réseau routier départemental, ces routes numérotées D suivies de trois ou quatre chiffres, relève du conseil départemental : c’est lui qui décide de leur entretien, de leur signalisation, parfois de leur déneigement en montagne. Les collèges, l’action sociale et une partie de la promotion touristique locale passent par le même échelon.
Sur les 101 départements, 96 sont en France métropolitaine et 5 en outre-mer. En Guadeloupe et à La Réunion, département et région restent deux collectivités distinctes. En Martinique, en Guyane et à Mayotte, une collectivité unique exerce à la fois les compétences départementales et régionales.
Un numéro de département ne dit rien de sa position sur la carte. Deux départements voisins peuvent porter des numéros très éloignés, et deux numéros qui se suivent peuvent désigner des territoires distants de plusieurs centaines de kilomètres.
D’où viennent les numéros de département
La numérotation ne raconte pas la géographie. Elle raconte l’alphabet.
Quand les départements sont créés au début des années 1790, on les classe par ordre alphabétique de leur nom, le qualificatif servant de second critère de tri. L’Ain arrive en tête, l’Aisne suit, l’Allier vient ensuite. Ce n’est pas un ordre du nord au sud ni du centre vers la périphérie : c’est un classement de liste, figé une fois pour toutes.
Le système a ensuite pris quelques rides. Des départements ont changé de nom sans changer de numéro, ce qui casse localement l’ordre initial. D’autres ont été créés bien plus tard, notamment lors du redécoupage de la région parisienne, et ont reçu des numéros dans une série haute plutôt qu’une place dans la liste d’origine. L’outre-mer, arrivé encore après, occupe une série à trois chiffres commençant par 97.
Une fois cette mécanique comprise, n’importe quelle liste officielle des 101 départements devient lisible : le rang alphabétique explique la majorité des numéros, les exceptions se lisent comme des ajouts postérieurs, et les codes à lettre signalent une division tardive. Les nomenclatures publiques, notamment celles publiées par l’Insee, donnent l’énumération complète pour qui veut la vérifier ligne à ligne.
Le 20 disparu, le 2A et le 2B
le cas corse
Cherchez le département numéro 20 sur une liste officielle, vous ne le trouverez pas. Il a existé, il a disparu, et sa disparition explique une bizarrerie que beaucoup de gens remarquent sans jamais en connaître la raison.
Jusqu’en 1976, la Corse forme un département unique portant le numéro 20. Cette année-là, elle est divisée en deux : la Corse-du-Sud, avec Ajaccio pour préfecture, et la Haute-Corse, avec Bastia. Se pose alors un problème très concret. Attribuer les numéros 20 et 21 aux deux nouveaux départements imposait de décaler d’un cran toute la numérotation suivante, de la Côte-d’Or jusqu’au bout de la liste.
La solution retenue a été de garder le rang 20 et de le dédoubler par une lettre : 2A pour la Corse-du-Sud, 2B pour la Haute-Corse. La mémoire d’Ajaccio et de Bastia se lit dans le choix des lettres. Le numéro 20 seul, lui, n’a jamais été réattribué.
L’histoire ne s’arrête pas là, et c’est ce qui déroute. Les codes postaux corses ont conservé la racine 20 : ils commencent tous par ces deux chiffres, des deux côtés de l’île. Un même territoire porte donc deux identifiants différents selon qu’on parle d’administration ou de courrier. Ce n’est pas une erreur, c’est la trace d’un découpage qui n’a pas été répercuté partout.
Numéro de département, code postal, plaque
trois choses différentes
Trois séries de chiffres circulent en permanence et se ressemblent assez pour être confondues. Elles ne disent pourtant pas la même chose, et ne sont pas produites par les mêmes administrations.
| Série de chiffres | À quoi elle sert | Ce qu’elle ne dit pas |
|---|---|---|
| Numéro de département (01 à 976, plus 2A et 2B) | Identifier une circonscription administrative et la collectivité qui l’administre | Rien sur la position géographique ni sur la proximité entre deux territoires |
| Code postal (5 chiffres) | Acheminer le courrier vers un bureau distributeur | Pas toujours le département : la Corse en 20xxx en est l’exemple le plus net |
| Identifiant territorial de plaque | Afficher un département et le logo de sa région, obligatoire depuis 2009 | Ni le lieu de résidence, ni le lieu d’immatriculation du véhicule |
Le code postal ne dit pas toujours le département
Un code postal français comporte cinq chiffres. Les deux premiers correspondent le plus souvent au numéro du département, ce qui entretient l’idée d’une équivalence parfaite. Elle ne l’est pas.
Le cas corse en donne l’exemple le plus visible, avec des codes en 20xxx pour des départements notés 2A et 2B. D’autres écarts existent : certaines communes sont rattachées, pour des raisons de tournée postale, à un bureau distributeur situé dans un département voisin, et portent donc un code postal qui ne correspond pas à leur département d’appartenance. Ces cas restent minoritaires, mais ils suffisent à invalider la règle générale.
Le numéro sur la plaque n’est pas une adresse
Depuis le passage au système d’immatriculation actuel, en 2009, les plaques françaises portent un identifiant territorial dans leur bandeau de droite : un numéro de département accompagné du logo de la région correspondante. Cet identifiant est obligatoire.
Ce qu’il indique, en revanche, n’a rien d’un lieu de résidence. Le propriétaire choisit librement le département qu’il souhaite afficher, sans avoir à justifier d’un lien avec lui, et peut en changer en remplaçant ses plaques. Un automobiliste installé dans le Nord peut rouler avec un 06, un Parisien avec un 2A. Le numéro immatriculé lui-même, la partie centrale en lettres et chiffres, ne bouge plus pendant toute la vie du véhicule, contrairement à l’ancien système où le déménagement imposait une nouvelle immatriculation.
Sur la route, une plaque ne renseigne donc plus sur la provenance de la voiture qui vous précède. C’est devenu un marqueur d’attachement, pas une information géographique.
Les exceptions qui déforment la carte
Le mot département recouvre aujourd’hui des situations qui ne se ressemblent plus vraiment. Quatre cas méritent d’être connus, parce qu’ils reviennent souvent dans les documents officiels et dans les publications statistiques.
Ville de Paris
La commune et le département de Paris ont fusionné le 1er janvier 2019 en une collectivité unique à statut particulier, qui exerce les compétences des deux. Le numéro 75 reste utilisé dans les nomenclatures, mais il n’y a plus de conseil départemental parisien distinct du conseil municipal.
Métropole de Lyon
Créée le 1er janvier 2015, elle exerce les compétences départementales sur le territoire des communes qui la composent. Le département du Rhône continue d’exister sur le reste de la zone. Deux collectivités différentes se partagent donc ce qu’on désigne au quotidien par le numéro 69.
Collectivité européenne d’Alsace
Le Bas-Rhin et le Haut-Rhin ont été regroupés le 1er janvier 2021 dans une collectivité unique, dotée des compétences départementales classiques et d’attributions supplémentaires, notamment sur la coopération transfrontalière et le bilinguisme. Les deux territoires restent identifiés dans les nomenclatures.
Collectivité de Corse
Au-delà des codes 2A et 2B, les conseils départementaux corses ont laissé la place à une collectivité unique qui exerce les compétences départementales et régionales sur toute l’île. Les deux départements subsistent comme circonscriptions de l’État, avec leurs préfectures d’Ajaccio et de Bastia.
Un cinquième cas relève d’une autre logique : Mayotte, devenue département en 2011, est la plus récente entrée dans la liste. C’est elle qui porte le total à 101.
Se servir du département quand on prépare un déplacement
Reste la question utile : à quoi sert ce découpage quand on organise un séjour plutôt qu’une démarche administrative.
À fixer une échelle de recherche, d’abord. Une grande région métropolitaine peut réunir une dizaine de départements et imposer une journée de route entre ses deux extrémités : chercher un hébergement « en région » revient à comparer des lieux qu’on ne visitera jamais dans le même séjour. Le département donne une maille dont on fait le tour en excursions à la journée depuis un point fixe, ce qui correspond à la façon dont la plupart des vacances se déroulent réellement. C’est aussi le niveau auquel les hébergeurs, les offices de tourisme et les plateformes de réservation classent leurs annonces.
À trouver de la documentation locale, ensuite. Chaque département dispose généralement d’une structure de promotion touristique, appelée selon les cas comité départemental du tourisme ou agence de développement et de réservation touristiques. Ces organismes publient des cartes, des itinéraires thématiques, des listes d’hébergements labellisés et des agendas d’événements. Leur contenu est nettement plus fin que celui des portails régionaux, parce qu’il est produit par des gens qui connaissent le terrain sur une surface limitée.
À lire un itinéraire, enfin. Les routes départementales forment la trame des trajets secondaires, ceux qui évitent l’autoroute et traversent réellement le territoire. Leur numérotation change parfois à la limite entre deux départements, une même route continue pouvant porter deux numéros différents de part et d’autre de la frontière administrative. Savoir que cette numérotation est décidée département par département, et non à l’échelle nationale, évite de croire à une erreur de balisage.
Ne jamais déduire un département d’un code postal pour une démarche officielle, ni d’une plaque d’immatriculation pour situer quelqu’un. Les deux séries de chiffres sont produites pour d’autres usages et ne coïncident pas toujours avec le découpage administratif.
Combien y a-t-il de départements en France ?
101 au total : 96 en France métropolitaine et 5 en outre-mer, à savoir la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, La Réunion et Mayotte. Ce dernier est le plus récent, devenu département en 2011.
Pourquoi le département numéro 20 n’existe-t-il pas ?
Il a existé jusqu’en 1976, quand la Corse a été divisée en deux départements. Plutôt que de décaler toute la numérotation suivante, les autorités ont créé deux codes alphanumériques, 2A pour la Corse-du-Sud et 2B pour la Haute-Corse. Le 20 seul n’a jamais été réattribué.
Les deux premiers chiffres du code postal donnent-ils toujours le département ?
Le plus souvent oui, mais pas systématiquement. Les codes postaux corses commencent par 20 alors que les départements sont notés 2A et 2B, et certaines communes dépendent d’un bureau distributeur situé dans un département voisin. Le code postal sert à acheminer le courrier, pas à identifier une collectivité.
Paris est-il encore un département ?
Plus au sens habituel. Depuis le 1er janvier 2019, la commune et le département de Paris ont fusionné dans une collectivité unique à statut particulier, la Ville de Paris, qui exerce les compétences des deux. Le numéro 75 reste utilisé dans les nomenclatures.
Peut-on choisir le numéro de département affiché sur sa plaque d’immatriculation ?
Oui. Depuis 2009, l’identifiant territorial est obligatoire sur la plaque, mais le propriétaire choisit librement le département qu’il affiche, sans lien exigé avec son adresse. Il peut en changer en remplaçant ses plaques, sans démarche administrative.
Quelle différence entre une région et un département ?
La région est l’échelon le plus large, compétente notamment sur les lycées, les transports régionaux et le développement économique. Le département est plus fin et gère par exemple les routes départementales, les collèges et l’action sociale. Une région métropolitaine regroupe plusieurs départements.
Le département n’est pas seulement une case à remplir sur un formulaire : c’est la focale à laquelle la France se parcourt vraiment.