Avion supersonique
ce qui a changé depuis 2025
Le Concorde s’est arrêté en 2003. Le mur réglementaire qui bloquait son successeur depuis 1973 vient de tomber aux États-Unis.
Un avion supersonique franchit Mach 1, la vitesse du son, soit environ 1 225 km/h au niveau de la mer. Le Concorde, seul avion de ligne supersonique jamais exploité commercialement, a cessé de voler en 2003. Depuis un décret signé le 6 juin 2025, les États-Unis ont levé l’interdiction fédérale de survol supersonique des terres qui datait de 1973, sans pour autant garantir un retour rapide du vol commercial.
- Mach 1 ≈ 1 225 km/h : la vitesse du son au niveau de la mer, le seuil qui définit le supersonique.
- Le Concorde s’est arrêté en 2003 : accident de 2000, coûts d’exploitation et chute du trafic post-11 septembre combinés.
- Le décret du 6 juin 2025 lève l’interdiction fédérale américaine de survol supersonique des terres, en vigueur depuis 1973.
- Trois avions distincts sont en jeu : le démonstrateur XB-1, l’expérimental X-59 de la NASA et le futur avion de ligne Overture.
Qu’est-ce qu’un avion supersonique, concrètement
Le repère utile n’est pas une vitesse fixe, mais un rapport : le Mach, qui mesure la vitesse de l’appareil par rapport à celle du son à l’altitude où il vole. Au niveau de la mer, la vitesse du son tourne autour de 1 225 km/h ; en croisière, à haute altitude, l’air plus froid l’abaisse légèrement. Mach 1 marque ce seuil, Mach 2 le double.
Le seul repère grandeur nature reste le Concorde. En croisière, il évoluait autour de Mach 2, un ordre de grandeur de 2 150 km/h, à une altitude proche de 18 000 mètres — près du double de celle d’un long-courrier classique. La donnée qui manque souvent dans les comparatifs, c’est le coût par siège : la cabine du Concorde ne comptait qu’une centaine de places, contre 250 à 350 sur un long-courrier actuel. Vitesse et rentabilité par vol n’ont jamais pointé dans la même direction.
| Vol | Vitesse de croisière | Durée Paris-New York |
|---|---|---|
| Concorde (retiré en 2003) | ≈ 2 150 km/h (Mach 2) | ≈ 3 h 30 |
| Long-courrier subsonique actuel | ≈ 900 km/h (Mach 0,85) | ≈ 8 h |
Pourquoi le Concorde s’est arrêté en 2003
L’explication à un seul facteur ne tient pas. L’accident du vol Air France 4590, le 25 juillet 2000 à Gonesse, a immobilisé la flotte plusieurs mois et entamé durablement la confiance du public — 113 personnes sont mortes, passagers, équipage et personnes au sol. Mais Air France et British Airways avaient déjà, avant l’accident, une structure de coûts qui rendait chaque vol difficilement rentable : consommation de carburant élevée par passager, maintenance d’une flotte non standardisée avec le reste des appareils, capacité limitée qui plafonnait les recettes même billet plein.
Le repli du trafic aérien après le 11 septembre 2001 a achevé le calcul. Air France et British Airways ont annoncé l’arrêt en 2003. Le Concorde a longtemps été présenté comme rentable une fois les coûts de développement amortis par l’État qui l’avait financé ; l’exploitation courante, elle, restait fragile face au moindre choc de fréquentation — les deux lectures ne racontent pas la même histoire.
Le bang supersonique, l’obstacle qui a bloqué le vol au-dessus des terres
Un avion qui dépasse Mach 1 de façon continue traîne derrière lui un cône d’air comprimé. Quand ce cône balaie le sol, il produit une détonation sourde, comparable en intensité à un coup de tonnerre proche, capable de faire vibrer des vitres. Ce n’est pas un bruit ponctuel au moment du passage du mur du son : tant que l’avion vole plus vite que le son, le bang suit sa trajectoire au sol, en continu.
C’est ce phénomène, documenté dès les essais militaires des années 1950 et 1960, qui a justifié l’interdiction fédérale américaine du vol supersonique civil au-dessus des terres, adoptée en 1973. Le Concorde a contourné la contrainte en réservant l’essentiel de sa phase supersonique aux trajets au-dessus de l’océan, ce qui limitait de fait ses routes rentables aux liaisons transatlantiques.
Ce qui a changé depuis 2025
la règle américaine est tombée
Le 6 juin 2025, un décret présidentiel a ordonné la levée de cette interdiction vieille de 52 ans. Le texte fixe un calendrier à la FAA (l’autorité de l’aviation civile américaine) : lever l’interdiction dans un délai de 180 jours, puis publier sous deux ans une règle définitive de certification acoustique pour ce type de vols.
La donnée disponible à ce jour suggère un changement de méthode plus qu’une autorisation générale immédiate — sans plus.
Le décret ne dit pas « tout avion supersonique peut désormais survoler les États-Unis sans condition ». Il remplace une interdiction fondée sur la vitesse par un principe fondé sur le bruit perçu au sol : un appareil pourra voler plus vite que le son au-dessus des terres si son empreinte sonore reste sous un seuil que la FAA doit encore fixer précisément.
Les avions qui portent ce dossier aujourd’hui
Trois appareils, trois rôles distincts, souvent confondus dans les articles qui traitent du sujet.
Le XB-1, démonstrateur à échelle réduite de la société américaine Boom Supersonic, a franchi Mach 1 à trois reprises le 28 janvier 2025 au-dessus du désert de Mojave, avec une pointe à Mach 1,18. Selon les comptes rendus publiés par l’entreprise, aucun bang n’a été détecté au sol lors de ces passages, ce qui alimente la thèse d’un vol supersonique « sans bang perceptible » à certaines altitudes et conditions atmosphériques.
Le X-59, développé par la NASA avec Lockheed Martin, est un avion expérimental conçu pour transformer la détonation en un bruit sourd et bref plutôt qu’un claquement. Il a volé pour la première fois le 28 octobre 2025 et a franchi Mach 1 le 5 juin 2026 au-dessus du même désert de Mojave, à environ Mach 1,1 et 13 200 mètres d’altitude. La NASA prévoit de le faire voler au-dessus de zones habitées à partir de 2026 pour mesurer la réaction réelle des riverains — cette donnée doit nourrir directement la règle acoustique que prépare la FAA.
L’Overture, enfin, est le projet d’avion de ligne de Boom Supersonic — celui qui, s’il aboutit, transporterait des passagers. Il n’a pas encore volé. L’entreprise vise une entrée en service commerciale vers la fin de la décennie. Sur les programmes comparables, le délai entre premier vol et mise en exploitation commerciale d’un avion de ligne entièrement nouveau se compte en années plutôt qu’en mois, ce qui rend cet horizon serré plus qu’assuré.
XB-1 (Boom Supersonic)
Mach 1,18 le 28 janvier 2025 au-dessus du désert de Mojave, sans bang détecté au sol selon l’entreprise.
X-59
Premier vol le 28 octobre 2025, passage supersonique le 5 juin 2026 à environ Mach 1,1. Conçu pour ne produire qu’un bruit sourd et bref.
Overture
N’a pas encore volé. Boom Supersonic vise une entrée en service commerciale vers la fin de la décennie.
Quand un vol commercial supersonique pourrait revenir
Deux trajectoires ne se confondent pas. Voler vite au-dessus de l’eau ne pose pas de problème réglementaire nouveau : le Concorde le faisait déjà, et un futur Overture pourrait exploiter des routes transocéaniques dès l’obtention de sa certification, sans attendre la règle acoustique américaine. Voler vite au-dessus des terres sans gêne pour les riverains dépend, lui, d’une règle qui n’existe pas encore et que la FAA doit documenter à partir des données du X-59.
L’hypothèse inverse mérite d’être exposée : rien n’oblige la règle définitive à autoriser des seuils sonores compatibles avec une exploitation commerciale dense au-dessus de zones peuplées. Le chiffre qu’on n’a pas est souvent celui qui compte, et ici, c’est le seuil en décibels que la FAA retiendra. Sans lui, tout calendrier commercial reste une hypothèse d’entreprise, pas un fait établi.
Quelle est la vitesse d’un avion supersonique en km/h ?
Ça dépend de l’altitude, mais l’ordre de grandeur retenu est autour de 1 225 km/h au niveau de la mer pour Mach 1. Le Concorde croisait vers Mach 2, soit environ 2 150 km/h. Un avion de chasse militaire peut dépasser Mach 2 sur de courtes durées, sans lien avec un usage commercial.
Le Concorde va-t-il revenir en service ?
Non. Les derniers exemplaires en service ont été retirés en 2003 et sont aujourd’hui exposés dans plusieurs musées aéronautiques, dont Le Bourget et Toulouse ; aucun n’est en état de vol. Ce qui progresse, ce sont des projets distincts, comme l’Overture de Boom Supersonic, sans lien technique avec l’appareil franco-britannique.
Peut-on déjà voler en supersonique au-dessus de la France ?
Non. Le décret américain de 2025 concerne le territoire des États-Unis et sa réglementation fédérale. Il ne change rien, en soi, aux règles européennes ou françaises, qui suivent leurs propres processus de certification acoustique et n’ont pas annoncé de calendrier équivalent à ce jour.
Pourquoi le billet Concorde était-il si cher ?
La cabine ne comptait qu’une centaine de sièges pour un avion à la consommation de carburant élevée, ce qui imposait un tarif élevé par passager pour couvrir les coûts d’exploitation. Le gain de temps se payait directement, sans les économies d’échelle d’un long-courrier classique.
Quelle différence entre le bang du Concorde et celui promis par le X-59 ?
Le Concorde produisait un bang classique, une détonation nette perçue comme un coup sourd et bruyant au sol. Le X-59 est conçu pour répartir les ondes de choc autrement et ne produire, en théorie, qu’un bruit sourd et bref, plus proche d’une portière de voiture qui claque au loin que d’un coup de tonnerre — c’est justement ce que la NASA cherche à vérifier en conditions réelles.
Le dossier supersonique n’est plus fermé, mais il n’est pas rouvert non plus : entre un décret et une règle acoustique encore à écrire, l’écart reste celui d’un chantier, pas d’une date de vol commerciale.