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France Loisirs

ce qu’était le club de livres et ce qu’il en reste

Un modèle d’adhésion qui a fait sa force pendant cinquante ans, puis sa fragilité. Retour sur une trajectoire.

Longs rayonnages remplis de livres
Réponse rapide

France Loisirs était un club de livres par adhésion, fondé en 1970 par l’allemand Bertelsmann et les Presses de la Cité. Son modèle reposait sur une carte d’adhérent, un catalogue trimestriel et un engagement d’achat, relayés par un réseau de boutiques. Affaibli par internet et l’évolution des habitudes de lecture, il a été placé en liquidation judiciaire en octobre 2021, puis repris dans un format très réduit. La marque subsiste, mais l’essentiel de ses magasins a fermé.

  • Un club, pas une librairie : on y était adhérent, avec carte et catalogue trimestriel.
  • Le ressort retourné : l’engagement d’achat, atout au départ, est devenu un repoussoir.
  • La chute : redressement en 2017, liquidation judiciaire en octobre 2021.
  • Ce qui reste : une marque réduite, surtout en vente par correspondance.

France Loisirs, c’est quoi exactement

Il faut d’abord lever une confusion fréquente : France Loisirs n’a jamais été une librairie comme les autres. C’était un club de livres par adhésion. On n’y entrait pas en simple client, on y devenait adhérent, et c’est cette nuance qui a tout déterminé, du succès initial jusqu’à la chute.

L’enseigne est fondée le 27 avril 1970, à l’initiative du groupe allemand Bertelsmann et des Presses de la Cité. L’idée est simple et, pour l’époque, efficace : vendre des livres directement aux foyers, en s’appuyant sur l’adhésion plutôt que sur le passage en magasin. Pendant des décennies, ce système a touché un public que les librairies traditionnelles atteignaient mal.

Un modèle qui a longtemps fait sa force

Le fonctionnement tenait en quelques règles. L’adhérent recevait une carte, puis un catalogue trimestriel proposant plusieurs centaines de titres à des prix souvent inférieurs à ceux du marché, parfois dans des éditions propres au club. En contrepartie, il s’engageait à commander régulièrement, de l’ordre d’un livre par trimestre. À défaut, le club pouvait lui adresser un titre sélectionné d’office.

Ce contrat moral s’appuyait sur un réseau dense : des boutiques en centre-ville, la vente par correspondance et la vente à domicile. Dans les années 1980, France Loisirs touche des millions de foyers et joue un vrai rôle d’accès au livre, y compris dans des villes peu pourvues en librairies. Encore en 2017, l’enseigne revendiquait de l’ordre de 1,5 million d’adhérents actifs.

PériodePropriétaireRepère
1970 – 2011Bertelsmann et Presses de la CitéFondation et âge d’or
2011Groupe ActissiaReprise du club
2015International Technology SolutionsChangement d’actionnaire
2022Financière Trésor du PatrimoineAprès la liquidation

Pourquoi le modèle s’est essoufflé

Le retournement vient moins d’une erreur ponctuelle que d’un décalage avec son époque. La vente de livres en ligne, l’offre des grandes surfaces culturelles et un choix devenu illimité ont privé le catalogue trimestriel de son principal atout. Pourquoi attendre une sélection imprimée quand tout est disponible et comparable en quelques clics ?

Surtout, le ressort même du club s’est retourné. L’engagement d’achat, accepté quand l’offre était rare, est devenu un repoussoir à mesure que les consommateurs refusaient de se lier. Il faut ici distinguer l’affichage de la réalité : un réseau encore vaste de boutiques en centre-ville, donc coûteux, face à un nombre d’adhérents qui s’érode et un panier moyen en baisse.

Le chiffre qui compte

De l’ordre de 1,5 million d’adhérents actifs revendiqués en 2017, environ 800 000 en 2022 : en cinq ans, l’enseigne perd près de la moitié de sa base déclarée. C’est cette érosion lente, plus que tout événement isolé, qui condamne le modèle.

Du redressement à la liquidation

la chronologie

La fin se lit dans une suite de procédures datées. Le répit accordé en 2018 n’aura pas suffi, et chaque étape rapproche l’enseigne de la sortie. En arrière-plan, l’actionnariat avait déjà beaucoup bougé, sans qu’aucun repreneur ne parvienne à inverser la tendance.

  1. 1er décembre 2017 — Redressement judiciaire

    Le tribunal place l’enseigne en redressement. Un plan de continuation est validé fin 2018, offrant un sursis de quelques années.

  2. 29 septembre 2021 — Cessation de paiement

    L’entreprise déclare ne plus pouvoir honorer ses dettes. La procédure judiciaire reprend, cette fois sans issue de continuation.

  3. 25 octobre 2021 — Liquidation judiciaire

    Le tribunal de commerce de Paris prononce la liquidation. L’activité se poursuit le temps de chercher un repreneur.

  4. 13 décembre 2021 — Reprise acceptée

    Financière Trésor du Patrimoine reprend une fraction du réseau. Sur 122 boutiques, une quatorzaine sont d’abord annoncées conservées, chiffre revu à la hausse début 2022 ; plusieurs centaines d’emplois sont supprimés.

Ce qu’il reste de France Loisirs aujourd’hui

La marque n’a pas disparu, mais elle a changé d’échelle. France Loisirs subsiste surtout par la vente par correspondance et un site, avec un nombre réduit de boutiques, adossée à un groupe spécialisé dans ce canal. C’est désormais un nom commercial davantage qu’un réseau physique de proximité.

Un point mérite d’être clarifié pour éviter une confusion courante : France Loisirs Vacances, qui propose des séjours et des locations, est une déclinaison de la marque dans le voyage, distincte du club de livres et de son histoire judiciaire. Pour un ancien adhérent, le réflexe est simple : vérifier l’état de son compte et de ses éventuels avoirs, et garder en tête que l’enseigne sous laquelle on commande aujourd’hui n’est plus tout à fait l’entreprise des années fastes.

France Loisirs existe-t-il encore ?

Oui, mais dans un format très réduit. Après la liquidation judiciaire de 2021 et la reprise par Financière Trésor du Patrimoine, la marque subsiste surtout par la vente par correspondance et un site, avec un faible nombre de boutiques. L’essentiel du réseau de magasins a fermé.

Comment fonctionnait l’adhésion à France Loisirs ?

L’adhérent recevait une carte puis un catalogue trimestriel de plusieurs centaines de titres, souvent à prix réduit. En échange, il s’engageait à commander régulièrement, de l’ordre d’un livre par trimestre. Le club pouvait sinon lui envoyer un titre choisi d’office.

Pourquoi France Loisirs a-t-il fermé ses magasins ?

Le modèle d’engagement et le catalogue imprimé ont perdu leur intérêt face à la vente de livres en ligne et au choix illimité d’internet. Le nombre d’adhérents a chuté, les boutiques de centre-ville sont restées coûteuses, et l’entreprise a fini en liquidation judiciaire en 2021.

Qui a repris France Loisirs ?

La société Financière Trésor du Patrimoine, spécialisée dans la vente par correspondance, dont l’offre de reprise a été acceptée par le tribunal de commerce de Paris le 13 décembre 2021. La reprise n’a conservé qu’une petite partie des boutiques et des emplois.

France Loisirs Vacances, est-ce la même chose ?

Non. France Loisirs Vacances est une déclinaison de la marque dans le voyage, proposant séjours et locations. Elle est distincte du club de livres et de son histoire judiciaire, même si elle partage le nom. Mieux vaut ne pas confondre les deux.

France Loisirs n’est pas tombé d’un coup. C’est un modèle qui a survécu à son époque, porté par une base d’adhérents fidèles mais vieillissante, jusqu’à ce que le coût d’un réseau physique rencontre la réalité d’un marché passé en ligne. Ce qui en reste tient surtout dans un nom — et dans le souvenir d’un certain rapport au livre.